Les régions en Algérie bien qu’elles soient une réalité, elles n’existent pas officiellement, elles ne sont pas reconnues, fondues dans l’unité nationale, une manière intelligente de fortifier le pouvoir central d’Alger. Promouvoir le berbère est en quelque sorte un symbole de l’autonomie, la reconnaissance du bilinguisme avec l’institutionnalisation de la langue berbère garantit la diversité culturelle et linguistique, au moins juridiquement car la constitution n’est pas favorable à l’épanouissement de la langue ancestrale de l’Algérie. La constitution reconnaît, nationalise mais elle ne favorise en aucune manière l’usage public de la langue berbère.
Le berbère langue nationale, et l’arabe ?
L’institutionnalisation du berbère n’a jamais remis en cause le statut de la langue arabe qui demeure la seule langue de l’état et d’échange public, il ne s’agit pas d’une concurrence mais d’une patrimonialisation, ce sont les composantes de l’identité nationale qui sont en enjeu, ce traitement injuste ne sert qu’à creuser l’écart entre l’arabe et le Tamazight du fait de la communication sociale et dans la sphère historique et folklorique. Par rapport aux autres éléments constitutifs du patrimoine national, le berbère jouit d’un statut particulier parce qu’elle est constitutionnelle, ce qui la protège mais aussi ce qui la muséifie. Le risque du folklorisation est dans le fait de parler de coté pittoresque de la langue mais ça dépend aussi de l’attitude des locuteurs de la langue berbère, est-ce une attitude positive ou négative ? le pittoresque est le fait de s’intéresser au coté esthétique et les représentations de la langue par rapport à ses locuteurs et aux locuteurs d’autres langues ( azul, aqcic, mis t’murt, a lettre z...) L’institutionnalisation de tamazight doit normalement avoir comme but la promotion de cette langue, qui est une langue d’un groupe autonome, on a assisté à la création du Haut Commissariat de l’Amazighité, c’est une manière de séparer la langue de ses aspects politique et sociale, ce qui prime c’est l’aspect descriptif, c’est à dire la discription de la langue, son étude, sa standardisation sans pour autant donner à cette langue sa dimension politique qui est d’abord reconnaître la place de la langue dans la société, dans les échanges publics... La nationalisation du berbère veut dire que cette langue appartient à L’Algérie, contrairement aux monuments historiques, aux écrits, aux entreprises, la langue est un bien immatériel, cette langue appartient à un état qui ne fait rien pour la promouvoir à l’image du patrimoine historique et culturel algérien qui est à l’abandon.
Les risques de muséification de la langue tamazight
La langue qui est définie comme un instrument de communication spécifique à un groupe social autonome (1) qui doit être conservée selon l’Unesco pour le générations futures à l’image de tous les signes visibles de la civilisation humaine comme les traditions orales, les danses, les contes, la pharmacopée, les savoir-faire.... Ce qui veut dire que toutes les langues qui ne jouissent pas d’un statut politique fort dans un état bien défini est l’objet d’attention de l’Unesco, mais cela pose le problème de l’appartenance de la langue, de ses limites géographique car ces langues appartiennent avant tout à l’humanité qui n’est pas une personne juridique. Le berbère, une langue qui n’est pas inscrite dans les espaces publics, le pouvoir central à travers sa constitution veut que cette langue soit considéré comme une langue du passé, un objet culturel, mais aussi national, un arabophone a le droit de revendiquer cette langue, ce qui est paradoxal, Bouteflika en déplacement en Kabylie, qui a visiblement une haine contre cette langue ne s’est pas empêché de revendiquer son amazighité. Cette folklorisation ne vise qu’à défendre le monolinguisme et renforcer la suprématie de la langue arabe en Algérie. Ce qui est contraire à la diversité culturelle et linguistique. La nationalisation de tamazight est en quelque sorte une manière de déposséder les berbères de leur langues, « vous avez revendiqué, défendu votre langue, vous l’avez standardisée, dorénavant, elle est la propriété de l’état algérien et de tous les algériens » cet état de figure nous renvoie vers les opposition état/nation, Algérie/nation, tamazight/arabe, peuple/pouvoir central, Algérie/régions...la nationalisation de tamazight prédit sa mort lente mais sûre car elle pose même le problème de défendre cette langue qui appartient à l’état algérien, à tous les algériens. Les langues d’Algérie qui appartiennent au domaine public a pour objectif d’exclure toute rivalité entre ces langues, le perdant est bien évidemment le berbère qui ne jouit pas de même statut et qui n’est pas doté de moyens de diffusion que l’arabe. Tout locuteur a droit d’usage de cette langue mais aussi cela peut éviter des mouvements de contestations, de revendications identitaires. Cette notion de domanialité qui, impérativement exclue et s’oppose à la propriété de la langue et ses dimensions territoriales, historiques et culturelles a pour but d’étouffer le berbère, de le mettre une fois pour toute dans le musée de l’oubli. L’état algérien a opéré à la captation de tamazight, il s’est approprié une langue qu’il a tant de décennies négligée, opprimée.
En fin, il faut admettre que la reconnaissance de notre langue maternelle est un pas important vers la réhabilitation de l’identité nationale, mais il faut aussi s’interroger sur la forme de cette reconnaissance. Tout en reconnaissant que cela a amené l’Algérie vers moins d’hostilité en vers Tamazight, il reste à l’état de mettre les moyens matériels pour la promouvoir et à ses locuteurs de changer leurs attitudes en vers cette langue. Bouteflika, le candidat-déjà-élu a promis la création d’un conseil scientifique et d’une académie pour le berbère, et avec la chaine de télévision qui vient d’être lancée, je pense que l’avenir de tamazight dépend principalement de ces locuteurs aussi.
Amaynu
(1) définition de l’UNESCO
