| Agenda | Contact | Plan du site | RSS
Accueil du site > Dépêche de Kabylie > Lekseur, les figues et la mosquée

Lekseur, les figues et la mosquée

vendredi 25 septembre 2009 Amaynu 158 19 % 2

- Parmalien: http://kabyle2setif.net/spip.php?article153

0 vote

L’animation est à son comble pendant toute la dernière semaine de ramadhan à Lekseur, un village accroché à la montagne de Takintoucht à près de 80 kilomètres au nord de Sétif.

Les petites ruelles sont remplis du va-et vient des villageois. Lekseur grossit en l’espace de deux jours en accueillant ses enfants. Les familles et les travailleurs installés en villes reviennent pour passer l’Aïd avec les siens ou plutôt auprès des « vieux » qui préfèrent généralement vivre dans le village natal. Tout le monde s’approvisionne à l’orée de la l’aïd. Les gens de Lekseurs, à l’instar des habitants des villages voisins, s’approvisionnent à Ain Dockar, le chef lieu de la commune de Bousselam dont dépend Lekseur. L’unique boulevard de Ain Dockar fourmille de monde en cette après midi précédant le jour de l’Aïd el fitre...Les commerces sont pris d’assaut. C’est la période des bonnes affaires pour les bouchers, légumiers et... autres cordonniers. On achète l’essentiel mais parfois aussi un peu de superflu. De l’avis des pères de familles, les prix pratiqués ici sont plus « cléments » que ceux appliqués à Bejaia et Sétif, les villes les plus proches de la région. Pour preuve, un café est cédé en contrepartie de 10 dinars seulement. La boisson est, en plus, servie à table, dans une tasse accompagnée d’un verre d’eau. En somme, les montagnards ne gaspillent pas trop. Ils ont l’esprit plus ou moins économe et sont fiers de leur appartenance à leur village. « Vive tamurt (le bled) » lance Abdelali, un peintre qui travaille à Alger depuis près de 5 années. Visiblement satisfait de se retrouver chez-lui, il loue le calme, la propreté mais surtout l’éducation des gens du pays. « Les villageois sont, pour la plupart, des gens honnêtes et respectueux », avance-t-il, adossé dans le café du village. » L ’exigu café sert de refuge pour de nombreux jeunes qui tuent les soirées du mois de carême en jouant aux dominos ou au poker. Ce jeu de cartes a de nombreux adeptes dans ce petit village dont les maisons sont entourées de vergers verdoyants. En plus de la cherté de la vie et des dépenses combinées ramadhan/rentrée scolaire, les gens discutaient de sujets religieux et politique. Le chômage fait des ravages parmi les habitants de toute la région de Bousselam. On est obligé de partir ailleurs pour gagner sa vie. Une bonne partie de la population est prise en charge par les pensions des retraités de la France. « La solidarité cache tant bien que mal la misère ambiante », dixit Cheikh Ferhat, enseignant au collège. On estime que les autorités de la wilaya font dans le « régionalisme ». « On est la seule région de la wilaya où il y a des routes aussi impraticables et une absence quasi totale de projets de développement », fulmine l’enseignant en mettant l’index sur l’inexistence d’une maternité.

Les laïcs du village

Par ailleurs, Lekseur vit encore sou le rythme de l’inauguration partielle de sa nouvelle mosquée, construite sur les débris de l’ancienne. Grace à la rivalité entre les vieux retraités payés en euros, les fondations prennent, en l’espace de quelques mois, l’allure d’une imposante bâtisse « digne des véritables mosquées ». Khaled, étudiant en électronique, nous révélera que « les travaux de construction de la nouvelle mosquée ont été accompagnés d’une sorte de fièvre religieuse. Et de poursuivre : « Le nombre des pratiquants ne cesse d’augmenter. Les lieux réservés jusqu’alors uniquement à la prière abritent maintenant des halakates (une sorte de réunion pour discuter de la religion) ». Les laïcs du village ne voient pas d’un bon œil « la progression des islamistes ». Certains vont jusqu’à parler de « pollution sonore » pour réclamer la baisse du volume des haut-parleurs. Le porte étendard des laïcs du village, un trentenaire, parle publiquement du « droit de ne pas jeûner et d’être accepté en tant que tel ». Du coté des habitués de la mosquée, on ne veut pas se montrer mou. « Nous sommes dans une société musulmane et celui qui veut vivre autrement qu’ils prennent ses bagages », peut-on entendre dans la place du village, à proximité de la mosquée.

Boudjemaa, un jeune du village, estime que « la vague religieuse » en question est passagère. « C’est un peu lié au mois de ramadhan et à l’inauguration de la nouvelle mosquée. », explique-il. Aux yeux de Boudjemaa, « le fait que les jeunes fassent la prière en jeans et en teeshirt écarte tout danger d’intégrisme. » Pour Rabeh, en revanche, il y a péril en la demeure. « C’est une question de temps et de force », résume-t-il la situation en faisant allusion à l’influence grandissante des integristes.

Le civisme en marche

Les polémiques entre les belligérants s’enveniment parfois mais ne dépassent pas souvent les règles de la bienséance. D’ailleurs, les membres des deux factions travaillent ensemble au sein de l’association du village, baptisée « Toudert » ou la vie. Les membres de l’association s’occupent pratiquement de tout. Elle s’est chargée de l’achat des fournitures scolaires pour tous les écoliers du village. « On a acheté à prix de gros et cela a permis aux familles de faires des économies », nous explique Nadjim. L’association organise d’un moment à l’autre des campagnes de nettoyage. Après l’éclairage public, les ruelles étroites et tortueuses de Lekseur sont maintenant dotées de poubelles. Les membres de l’association, s’attellent à inculquer aux petits mais aussi aux grands un comportement plus ou moins civique. Comme par exemple « ne pas jeter les ordures n’importe où et ne pas abattre les arbres.

Loin de ces bruits, les villageois vivent l’une de leurs plus belles saisons. Lekhrif désigne la période qui s’étale de la fin aout à la mi-septembre, coïncidant avec la maturité des figues et des raisins. Un nombre non négligeable des familles comptent en partie dans leur vie sur les revenus de leurs figuiers. Le fruit est vendu généralement séché et son prix varie, selon la saison, de 200 à 350 dinars le kilo. Chaque matin et chaque fin de journée des villageois tous âges et sexes confondus, prennent les chemins des champs pour la cueillette des figues. La Matinée de l’Aid, le village se réveille très tôt. Les ruelles se remplissent du bourdonnement des enfants et des « saha aidk » des adultes. Tout le monde souhaite bonne fête à tout le monde. Dans ce village de près de 600 âmes on forme pratiquement une seule famille. Dans les maisons, on servait une variété de gâteaux dont l’incontournable mekrout. 11 heures passé, les allés de Lekseur baignent dans l’odeur du couscous mêlée au parfum des jeunes villageoises qui sortaient les mains rougies au henni.

Hyrbal

Voir en ligne : Lekseur, les figues et la mosquée

3 Messages de forum

Répondre à cet article

?s'inscrire | Les auteurs | agenda | Contact | Plan du site | Syndiquer tout le site | Rechercher | Haut de page
© 2010 Kabyle2Sétif.Net | SPIP | squelette : anzarzine v 0.1 | Administrateurs : Amaynu