Le fait qu’il travaille dans la communication n’ôte rien à sa qualité de montagnard. Il a eu, comme en témoigne sa physionomie, à vivre en paysan pendant plusieurs années. Les sept PC de ce cybercafé composé de trois pièces sont occupés, la plupart du temps, par les mêmes têtes. En plus des chaises, les clients peuvent s’asseoir sur des troncs d’arbres, disposés dans la salle en guise de décor utile. La pièce de fond servait d’arrière boutique. Elle est souvent occupée par les sympathisants de notre ami sujet à des problèmes avec son entourage en raison de ses opinions. Bessâou a demandé récemment que l’on baisse le volume des haut-parleurs de la mosquée et qu’on laisse les gens faire ce que bon leur semble « Celui qui veut boire qu’il boive et celui qui veut prier qu’il prie. Libre à chacun de faire ce qu’il veut », a-t-il dit, tout simplement. Des opinions professés publiquement et qui ont soulevé un tollé général parmi les conservateurs de son village. Il voit une seule solution aux problèmes d’incompatibilité de sa mentalité avec celle de sa société. « Partir d’ici », dit-il convaincu. Ceci avant de se perdre dans les bienfaits de la vie dans les pays de l’Occident. Pour lui, la liberté est l’atout majeure de l’Europe. Célibataire, Bessaou refuse l’idée de se marier à l’étranger. Car, dit-il, « je veux vivre tout d’abord ma jeunesse et tout le temps que j’ai perdu ici en Algérie ». La famille qui avance accueille beaucoup de ces jeunes désireux de partir. Bessaou leur sert souvent d’écrivain public pour l’accomplissement des démarches administratives. Mais après des refus répétitifs on veut passer à l’autre méthode. « Je suis citoyen du monde et j’ai le droit de vivre là ou je veux ». Les citoyens du monde sont nombreux parmi les gens qui fréquentent La famille qui avance qui réunit socialistes et individualistes convaincus.
Les discussions se prolongent tard dans la nuit, devant le mur où l’on peut lire en caractère incertain la citation : « Sûr, vous vivez dans l’abondance et vous ne connaissez pas la famine. Mais la famine amène la peste et la peste atteint le roi. »
Hyrbal
